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Vas, Vis & Deviens...

Sadjo

Rencontre avec des superwomen Libériennes

Je ne pouvais pas quitter le Liberia sans écrire sur deux femmes Libériennes. Elles n’ont ni mon âge ni celui de mes parents. L’une d’entre elles doit avoir sensiblement le même âge que ma grand-mère maternelle. Ces femmes sont de conditions sociales modestes et je ne les connais pas vraiment. Je les ai juste croisé sur mon chemin et après avoir échanger avec chacune d’elles, je vous partage leurs histoires.

Mah-Anna: la vendeuse de coco de 72 ans

Pour commencer, Mah au Liberia est l’équivalent de Mémé ou Mamie.

Lorsque je revenais de l’école où j’enseignais l’après-midi, je voyais des dames assises sur le trottoir. Elles étaient pratiquement au sol sans aucun parasol pour se protéger des rayons du soleil parfois brûlant. Elles étaient entourées de noix de coco qu’elles taillaient et vendaient aux passants. Ces derniers buvaient le jus sur place avant de se faire ouvrir ensuite la noix pour en consommer la chair.

Les vendeuses de coco à Lynch Street (Monrovia)
Les vendeuses de coco à Lynch Street (Monrovia)

Un jour, poussée par la chaleur et la soif, je m’étais adressée à l’une des femmes âgées plutôt qu’aux jeunes filles à côté. La noix coutait entre 40 et 50 $ libérien en fonction de la taille de la noix (200 et 250 F CFA). Pendant que je buvais mon jus de coco, j’ai essayé de discuter avec la mémé-vendeuse dont j’admirais le courage. Malheureusement, elle avait du mal à comprendre mon “anglais” et moi à parler le Kolokua (l’anglais Libérien). Je suis rentrée ce jour-là à la maison pour demander à mon ami Elijah Keane Garglahn de m’accompagner chez la mémé et faire l’interprète🤗.

L’entretien audio de l’échange entre Elijah et Mah Anna

Pour celles et ceux qui n’ont pas tout saisi. Celle qui nous parle s’appelle Mah Anna et a 72 ans. Elle vend avec une de ses amies de même âge ainsi que leurs filles. Elles achètent les noix avec des jeunes garçons de leur communauté qui grimpent sur les cocotiers pour les couper. Elles transportent ensuite leurs marchandises dans des brouettes de leur quartier à Barnesville (mais vous entendrez Banavé😁) jusqu’en ville à Lynch Street. Elle a de nombreux enfants, mais ne précise pas le nombre. Une partie au village et une autre vit avec elle en ville. Ils ne sont pas scolarisés. Elle vend à cet âge pour nourrir sa famille. Elle dira elle-même « for a cup of rice ». Lire ⏩⏩ Le riz, l’or blanc au Libéria.

Mah Anna à droite et son amie à gauche
Mah Anna à droite et son amie à gauche

Le paradoxe, c’est qu’au même endroit, mais de l’autre côté du trottoir, des femmes plus jeunes sont installées à l’ombre. Elles aussi vendent des babioles (cadenas, brosse et autres outils d’entretien pour chaussures). 

L’image assez éloquente. D’un côté, des jeunes à l’ombre et qui étaient moins exposés à la vue des passants. De l’autre, ces dames âgées et leurs noix de Coco sous le soleil mais bien positionnées pour attirer les passants qui résistent difficilement à l’envie de se désaltérer. À l’image de la vie, de quel côté sommes-nous ? Tranquille dans la zone de confort ou sur le terrain face à l’inconnu et exposé à certaines difficultés pour saisir les opportunités ?👀

Le Libéria : une culture hors du commun

Mah Yamah: la super-accoucheuse

C’est par un concours de circonstances que j’ai connu cette bonne-dame. Elle habitait loin de mon lieu d’habitation, et n’était pas non plus sur mon chemin pour me rendre ou revenir du boulot. J’ai accompagné un soir vers 19h une amie qui attendait un bébé dans une clinique pour accoucher dans le quartier de Jacob Town (mais ils prononcent Djokota😄). La première fois que j’ai vu l’endroit où mon amie allait mettre au monde son deuxième enfant, je n’étais pas rassuré.

Vicmah Maternity Clinic au Libéria
Vicmah Maternity Clinic au Libéria

Mah Yamah a examiné mon amie et lui a demandé de revenir quelques heures plus tard pour l’accouchement en insistant sur le fait qu’elle n’ouvre plus ses portes au-delà de 22 h pour des raisons de sécurité. Malgré l’avertissement, la future maman est revenue à 1 h du matin 😁. Elle a mis au monde une jolie petite fille autour de 5h du matin.

Plus tard, la jeune maman me rapportera les propos de la ”vieille” pendant qu’elle était en travail : « l’enfant viendra sans te déchirer et ce n’est pas moi non plus qui vais le faire». En effet, la nouvelle maman était sur pied le même jour après l’accouchement…

Quelques jours plus tard, j’ai demandé à rencontrer la propriétaire de Vicmah Clinic Maternity.

Son nom est Albertha Molubah DOLO, mais on l’appelle Mah Yamah. Elle est âgée de 68 ans, mariée et mère de 6 enfants (2 garçons et 4 filles).

Elle a commencé à travailler en tant que sage-femme en 1976 après ses études secondaires et une courte formation qualifiante. Après X années de service, elle décide de retourner à l’école pour se former en soins infirmiers professionnels dans les années 80. Elle a ensuite travaillé dans un ministère comme fonctionnaire de la santé. Cependant, là voilà obligé de prendre une retraite anticipée à la suite d’un accident qui l’oblige depuis lors à se déplacer à l’aide d’une canne. 

Elle se met alors à son propre compte et décide d’aller se former en Thaïlande pendant 8 mois en médecine maternelle et santé de l’enfant. Elle a débuté sa clinique en 1988 dans un garage et aujourd’hui occupe un bâtiment dans sa cour d’habitation. Son credo : l’accouchement normal par voie basse. 

Si vous souhaitez faire une césarienne, elle vous dirigera gentillement vers une autre clinique.  Son équipe et elle s’arrange à éviter les complications. D’abord, parce qu’ ils n’ont pas le matériel nécessaire pour la chirurgie et ça leur reviendra cher de payer les services d’un médecin spécialiste. Au pire des cas, elle procède à une évacuation. Aucun décès enregistré jusqu’à ce jour.

Mah-Yamah dans le hall de sa clinique-maternité (Monrovia)
Mah-Yamah dans le hall de sa clinique-maternité (Monrovia)

Nous étions un dimanche et il était 17h le jour de l’interview. Mah Yamah n’avait pas fermé l’œil de la nuit et tenait encore debout. Sept (07) nouveau-nés avaient vu le jour entre-temps par ses mains expertes.  Elle avait comptabilisé 48 naissances au compte du mois précédent. Dans son gigantesque registre, elle enregistre toutes les nouvelles naissances pour rendre compte au ministère de la Santé.

Registre des naissances- Vicmah Clinic (Libéria)
Registre des naissances- Vicmah Clinic (Libéria)

Elle emploie 9 personnes : 2 infirmières professionnelles, 3 sages-femmes, 3 aides soignantes et 1 homme.

Comme expliqué 👉 dans l’article sur le Libéria de l’après-guerre, l’électricité est un privilège. Ma Yamah achète donc le courant jour et nuit. En journée, elle paie 150 LD/jour (750 FCFA par jour) et les nuits 50 $ US par mois(+/- 30.000 FCFA). La veille, j’étais passé prendre RDV avec elle en début de soirée. Elle avait une torche en main pendant qu’elle était occupée en salle d’accouchement, car le générateur de la communauté était en panne. 

Ses enfants sont tous adultes à présent et elle m’a expliqué qu’elle a le soutien de son mari. Ce dernier comprend parfaitement qu’elle passe souvent certaines nuits avec ses patientes🤗. Deux de ses filles ont suivi ses traces et sont devenues infirmières dans d’autres hôpitaux de la capitale. L’unique tarif à Vicmah Maternity pour l’accouchement est de 2500 $ Libérien (15.000 F CFA tout au plus).

La clinique ne bénéficie d’aucune subvention et il lui arrive de faire des faveurs à ses patientes. Elle m’a raconté avoir reçu une dame à terme venue à 3h du matin sans argent pour accoucher. A cause de l’heure tardive, Mah Yamah explique qu’elle ne pouvait pas la faire retourner pour manque d’argent. Toute aide serait la bienvenue pour moderniser les locaux et prendre en charge certains cas sociaux. Car en plus des médicaments et autres produits à acheter pour les soins, il y a le salaire du personnel à prendre en compte.

Ce qu’elle aime dans son travail, c’est donner le sourire aux femmes après la libération de leur rejeton. Ne donne t’elle pas envie de la prendre dans ses bras et lui dire MERCI ?

Mah- Yamah de la Clinique Vicmah Maternity
Mah- Yamah de la Clinique Vicmah Maternity
Ma Yamah et mon amie Berete
Ma Yamah et mon amie Berete

Honneur à toutes les femmes parce qu’elles portent en-elles la vie et respect aussi aux hommes, les metteurs-enceinte😁.

PS : je me suis débrouillée avec mon jeune anglais pour mener l’interview, cliquez pour écouter un extrait.

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